Illustration de l'AI Act et de la communication pharma en santé : cadre européen sur l'IA applicable en 2026
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AI Act et santé : ce que le règlement européen sur l’IA change pour la communication pharma en 2026

L’AI Act (règlement UE 2024/1689) ne classe pas la communication santé parmi les usages « à haut risque » : il lui impose surtout, à compter du 2 août 2026, les obligations de transparence de l’article 50 (signalement des deepfakes et des chatbots, marquage des contenus générés par IA), auxquelles s’ajoutent la littératie IA du personnel, la gouvernance et le respect du RGPD. Décryptage factuel, sans conseil juridique individualisé.

L’intelligence artificielle générative s’est installée dans la production de contenus santé : visuels de campagne, textes pédagogiques, chatbots d’information, avatars. En parallèle, l’Union européenne a adopté le premier cadre horizontal au monde sur l’IA. Pour les laboratoires, institutions et agences qui communiquent en santé, la question n’est pas « faut-il utiliser l’IA », mais « à quelles conditions » — surtout depuis l’entrée en application, le 2 août 2026, des obligations de transparence. Voici ce qui change, ce qui reste à confirmer, et pourquoi ce sujet ne se confond pas avec la conformité des dispositifs médicaux.

Article informatif. Ce décryptage réglementaire a une visée pédagogique. Il ne constitue pas un conseil juridique ni médical individualisé et ne remplace pas l’analyse d’un juriste ou d’un service affaires réglementaires. Il ne porte aucune appréciation clinique.

Qu’est-ce que l’AI Act et qui est concerné en communication santé ?

L’AI Act est le règlement (UE) 2024/1689, publié au Journal officiel de l’Union européenne le 12 juillet 2024 et entré en vigueur le 1er août 2024. C’est le premier cadre juridique horizontal sur l’intelligence artificielle au monde : il ne vise pas un secteur en particulier, mais s’applique à quiconque met sur le marché ou déploie un système d’IA dans l’Union.

L’essentiel des règles s’applique de manière échelonnée, avec une échéance centrale au 2 août 2026. Concrètement, sont concernés non seulement les développeurs de systèmes d’IA, mais aussi les organisations qui les utilisent : un laboratoire, une institution de santé ou une agence de communication qui génère des contenus via l’IA entre dans le champ du règlement, le plus souvent en tant que déployeur.

Deux notions structurent tout le texte :

  • Fournisseur : celui qui développe un système d’IA (ou un modèle) et le met sur le marché sous son nom.
  • Déployeur : celui qui utilise un système d’IA sous sa propre autorité, dans un cadre professionnel.

Une équipe communication qui s’appuie sur un outil d’IA générative est généralement déployeur ; l’éditeur de l’outil est fournisseur. Les obligations diffèrent selon ce statut.

La communication santé par IA est-elle classée « à haut risque » ?

En général, non. L’AI Act répartit les systèmes en quatre niveaux de risque :

  1. Risque inacceptable : pratiques interdites (notation sociale, certaines manipulations).
  2. Haut risque : systèmes listés aux annexes I et III, soumis à une évaluation de conformité stricte. C’est là que se trouvent notamment les dispositifs médicaux intégrant de l’IA et les systèmes d’aide à la décision.
  3. Risque limité : essentiellement des obligations de transparence.
  4. Risque minimal : aucune obligation spécifique.

Les usages de communication et de marketing — génération de visuels, de textes, chatbots, avatars — relèvent le plus souvent du risque limité ou minimal. Ils ne basculent pas automatiquement dans le haut risque du seul fait qu’ils portent sur un sujet santé. Cette distinction est essentielle : un contenu pédagogique généré par IA n’obéit pas au même régime qu’un logiciel de diagnostic embarquant de l’IA, qui relève, lui, de l’évaluation de conformité des dispositifs médicaux (MDR/IVDR) et du haut risque.

Critère Communication santé par IA IA en dispositif médical / diagnostic
Niveau de risque AI Act Le plus souvent risque limité ou minimal Haut risque (annexe I)
Obligation principale Transparence (art. 50) : marquer et signaler les contenus IA, deepfakes, chatbots Évaluation de conformité : gestion des risques, documentation technique, marquage CE
Date d’application clé 2 août 2026 (transparence, art. 50) 2 août 2028 pour l’annexe I selon le « Digital Omnibus » (calendrier susceptible d’évoluer)
Cadre de référence AI Act (transparence) + RGPD / recommandations CNIL AI Act (haut risque) + réglementation dispositifs médicaux (MDR/IVDR)

Que change concrètement l’article 50 au 2 août 2026 ?

L’article 50 est le cœur du sujet pour la communication. À compter du 2 août 2026, il impose des obligations de transparence réparties entre fournisseurs et déployeurs :

  • Marquage des contenus synthétiques : les fournisseurs doivent faire en sorte que les contenus générés ou modifiés par IA (image, audio, vidéo, texte) soient marqués dans un format lisible par machine et détectables comme artificiels.
  • Divulgation des deepfakes : le déployeur qui diffuse une image, un son ou une vidéo constituant un « deepfake » doit indiquer que le contenu a été généré ou manipulé artificiellement.
  • Textes d’intérêt public : lorsqu’un texte généré par IA est publié dans le but d’informer le public sur des sujets d’intérêt public, sa nature doit être signalée.

À noter : dans le cadre du paquet « Digital Omnibus » (voir le calendrier plus bas), l’obligation de marquage lisible par machine incombant aux fournisseurs (article 50(2)) ferait l’objet d’un aménagement transitoire — son application serait décalée au 2 décembre 2026 pour les systèmes déjà sur le marché au 2 août 2026. Les obligations pesant sur les déployeurs (divulgation des deepfakes, information sur les chatbots, signalement des textes d’intérêt public) resteraient, elles, prévues pour le 2 août 2026. Ces ajustements dépendent de l’adoption définitive du texte et sont à revérifier au moment d’agir.

Une exception existe pour les textes ayant fait l’objet d’une revue éditoriale humaine substantielle, avec une responsabilité éditoriale identifiée. Autrement dit, un contenu réellement contrôlé, corrigé et assumé par une personne responsable n’est pas traité comme un simple produit brut de l’IA — mais cette exception suppose un vrai processus de relecture, pas une validation de forme.

Pour préciser ces règles, la Commission européenne accompagne la mise en œuvre de l’article 50 par des lignes directrices dédiées et un Code of Practice sur le marquage et l’étiquetage des contenus générés par IA, élaborés avec les parties prenantes et publiés en amont du 2 août 2026. Le statut et le contenu précis de ces textes ont pu continuer d’évoluer et méritent d’être revérifiés au moment d’appliquer une règle donnée.

Un chatbot ou un deepfake santé : quelles obligations de signalement ?

Deux cas fréquents en communication santé méritent une attention particulière.

Les chatbots et systèmes conversationnels. L’article 50(1) impose que tout système d’IA conçu pour interagir directement avec des personnes informe l’utilisateur qu’il dialogue avec une IA, sauf lorsque c’est manifestement évident pour une personne raisonnablement avertie. Cette obligation s’applique quel que soit le niveau de risque du système. Un chatbot d’information destiné à des patients ou à des professionnels doit donc rendre explicite sa nature artificielle au point d’interaction.

Les deepfakes et avatars. Un porte-parole de synthèse, un témoignage recréé ou une voix clonée relèvent de l’obligation de divulgation : le public doit pouvoir savoir que le contenu a été généré ou manipulé. En santé, où la confiance et la véracité de l’information sont centrales, cette transparence rejoint les exigences déontologiques du secteur.

Points de vigilance pratiques, sans valeur de conseil juridique :

  • Prévoir un marquage technique (métadonnées, watermark) et, le cas échéant, une mention visible adaptée au support.
  • Documenter qui assume la responsabilité éditoriale des contenus concernés.
  • Tracer les cas où l’exception de « revue humaine substantielle » est invoquée.

Littératie IA : quelles obligations pour les équipes ?

L’article 4 introduit une obligation de littératie en IA (« AI literacy »), applicable depuis le 2 février 2025. Fournisseurs et déployeurs doivent prendre des mesures pour garantir un niveau suffisant de maîtrise de l’IA au sein de leur personnel — et des tiers qui opèrent des systèmes en leur nom.

Pour une agence ou un service communication qui recourt à l’IA générative, cela se traduit par la formation des équipes à un usage éclairé : comprendre les limites des modèles, savoir repérer les biais et les erreurs (« hallucinations »), connaître le cadre juridique applicable et les règles internes de validation. La Commission a publié une foire aux questions dédiée pour aider les organisations à calibrer ces efforts.

Cette obligation est structurante : la conformité ne repose pas seulement sur des outils marqués, mais sur des humains formés capables de décider quand et comment l’IA peut être utilisée sur un sujet sensible comme la santé.

Quelles sanctions en cas de manquement ?

L’article 99 fixe un régime de sanctions à trois plafonds, le montant le plus élevé étant retenu entre valeur absolue et pourcentage du chiffre d’affaires mondial :

  • Jusqu’à 35 M€ ou 7 % du chiffre d’affaires mondial pour les pratiques interdites.
  • Jusqu’à 15 M€ ou 3 % pour les autres manquements, dont la transparence de l’article 50.
  • Jusqu’à 7,5 M€ ou 1 % pour des informations incorrectes fournies aux autorités.

Des plafonds réduits s’appliquent aux PME et start-up, afin de proportionner la sanction à la taille de l’organisation. Ces montants illustrent l’enjeu : la transparence n’est pas une simple bonne pratique, mais une obligation dont le non-respect est susceptible de sanction.

AI Act et RGPD : comment s’articulent-ils pour les données de santé ?

L’AI Act ne remplace pas le RGPD : les deux cadres se cumulent. Les données de santé demeurent des données sensibles au sens du RGPD, avec des exigences renforcées et, parfois, des formalités préalables auprès de la CNIL. Un chatbot santé, une personnalisation de campagne ou un outil d’analyse de contenus qui traite des données de santé doit donc respecter simultanément l’AI Act (notamment la transparence) et le RGPD (base légale, minimisation, sécurité, droits des personnes).

Le secteur dispose de repères sectoriels utiles :

  • EMA : un reflection paper adopté le 9 septembre 2024 prône une approche fondée sur le risque et centrée sur l’humain pour l’usage de l’IA tout au long du cycle de vie du médicament.
  • CNIL : une fiche « IA et santé » et des recommandations sur le développement de systèmes d’IA conformes à la réglementation.
  • HAS-CNIL : un guide conjoint sur le bon usage des systèmes d’IA en contexte de soins (février 2026), qui rappelle notamment l’articulation entre AI Act et RGPD dans les usages santé.

Ces documents ne créent pas d’obligations nouvelles au-delà des textes, mais ils aident à interpréter le cadre dans un contexte santé.

Quel calendrier retenir (et pourquoi il peut bouger) ?

Le calendrier de l’AI Act est échelonné, et une partie reste mobile :

  • 2 février 2025 : pratiques interdites et littératie IA (article 4).
  • 2 août 2025 : obligations pour les modèles d’IA à usage général (GPAI) — transparence et respect du droit d’auteur. Une agence produisant du contenu santé via ces modèles s’appuie sur cette chaîne de conformité, sans s’y substituer.
  • 2 août 2026 : entrée en application de l’essentiel du règlement, dont les obligations de transparence de l’article 50.

Le paquet « Digital Omnibus » de simplification, ayant fait l’objet d’un accord politique le 7 mai 2026, repousserait certaines échéances du haut risque : annexe III au 2 décembre 2027 et annexe I (produits, dont dispositifs médicaux) au 2 août 2028. En revanche, l’essentiel des obligations de transparence de l’article 50 reste applicable au 2 août 2026 — le report ne concernant, pour ces obligations, que le marquage lisible par machine des fournisseurs (article 50(2)), décalé au 2 décembre 2026 pour les systèmes déjà sur le marché. Ce calendrier de simplification demeure susceptible d’évoluer et n’entre en vigueur qu’après adoption et publication définitives : les dates sont à revérifier au moment d’agir.

KARMA Santé — accompagner une communication santé lisible et responsable

KARMA Santé accompagne laboratoires, institutions et acteurs de santé dans une communication en cohérence avec leur environnement réglementaire et déontologique. Notre rôle : structurer des dispositifs éditoriaux clairs, tracer les usages de l’IA, et articuler production de contenus et exigences de transparence — en lien avec vos équipes juridiques et affaires réglementaires, qui restent décisionnaires.

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Équipe éditoriale KARMA Santé — 2026

FAQ — AI Act et communication santé

La communication santé assistée par IA est-elle « à haut risque » au sens de l’AI Act ?

En général non. Les usages de communication (génération de visuels, textes, chatbots, avatars) relèvent le plus souvent du risque limité ou minimal, soumis surtout aux obligations de transparence de l’article 50. Le haut risque vise avant tout les dispositifs médicaux et les systèmes d’IA de décision, encadrés par une évaluation de conformité distincte.

Faut-il signaler qu’un visuel ou un texte a été généré par IA ?

Oui. L’article 50 impose de divulguer les deepfakes et de signaler les textes IA publiés sur des sujets d’intérêt public — obligations prévues au 2 août 2026 —, sauf revue éditoriale humaine substantielle avec responsabilité identifiée. Le marquage des contenus synthétiques dans un format lisible par machine incombe aux fournisseurs des outils, avec un aménagement transitoire de calendrier pour les systèmes déjà sur le marché.

Un chatbot destiné aux patients ou professionnels doit-il indiquer qu’il est une IA ?

Oui. L’article 50(1) impose que les systèmes d’IA interagissant avec des personnes le fassent savoir au point d’interaction, sauf lorsque c’est manifestement évident. Cette obligation s’applique indépendamment du niveau de risque du système.

Que risque une organisation en cas de manquement aux obligations de transparence ?

L’article 99 prévoit des amendes pouvant atteindre 15 M€ ou 3 % du chiffre d’affaires mondial pour un manquement à l’article 50 (le montant le plus élevé étant retenu). Les pratiques interdites exposent jusqu’à 35 M€ ou 7 %. Des plafonds réduits s’appliquent aux PME et start-up.

L’AI Act remplace-t-il le RGPD pour les données de santé ?

Non, les deux cadres se cumulent. Les données de santé restent des données sensibles protégées par le RGPD, avec parfois des formalités préalables auprès de la CNIL. La CNIL et la HAS ont publié début 2026 un guide de recommandations qui aide à articuler AI Act et RGPD dans les usages santé.

Sources

  1. EUR-Lex — Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), texte FR : eur-lex.europa.eu
  2. Commission européenne — Regulatory framework on Artificial Intelligence : digital-strategy.ec.europa.eu
  3. EU Artificial Intelligence Act — Article 50 (transparence) : artificialintelligenceact.eu
  4. EU Artificial Intelligence Act — Article 4 (littératie IA) : artificialintelligenceact.eu
  5. EU Artificial Intelligence Act — Article 99 (sanctions) : artificialintelligenceact.eu
  6. Commission européenne — Code of Practice on marking and labelling of AI-generated content : digital-strategy.ec.europa.eu
  7. Commission européenne — AI literacy, Questions & Answers : digital-strategy.ec.europa.eu
  8. EMA — Reflection paper on the use of AI in the lifecycle of medicines (9 sept. 2024) : ema.europa.eu
  9. CNIL — IA et santé : développer et évaluer des systèmes d’IA en conformité avec la réglementation : cnil.fr
  10. Guide HAS-CNIL — Accompagner le bon usage des systèmes d’IA en contexte de soins (PDF, févr. 2026) : cnil.fr
  11. CNIL — Finalisation des recommandations sur le développement des systèmes d’IA : cnil.fr

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