Infographie médicale illustrant les étapes d'un essai clinique dans un visuel conforme et pédagogique
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Infographie médicale : comment transformer les résultats d’un essai clinique en visuel clair et conforme ?

Transformer un essai clinique en infographie claire et conforme repose sur trois exigences : rester fidèle aux données publiées (schéma CONSORT, référence de l’étude, effectif n, intervalles de confiance), exprimer les effets en valeurs absolues et en fréquences naturelles plutôt qu’en seul risque relatif, et choisir des formats visuels validés (tableaux d’icônes, axes non tronqués). L’ensemble doit rester objectif, équilibré et non trompeur, conformément à l’ANSM et au règlement (UE) 536/2014.

Une infographie médicale n’est pas une image d’illustration : c’est un acte de communication scientifique qui engage la responsabilité de son émetteur. Un chiffre exact peut devenir trompeur par la seule façon dont il est mis en scène — un axe tronqué, un risque relatif isolé, un résultat favorable sélectionné. Ce guide décrit une méthode pour convertir les résultats d’un essai clinique en visuel lisible tout en respectant la fidélité aux données et le cadre réglementaire français et européen.

Pourquoi une infographie médicale doit-elle rester fidèle à l’essai clinique ?

La finalité d’une infographie médicale est de rendre une donnée compréhensible sans en altérer le sens. Or la mise en forme graphique introduit ses propres biais : le choix des couleurs, l’échelle, le cadrage et la sélection des chiffres orientent la lecture. La règle de base est donc la fidélité stricte à la publication source.

Le standard de référence pour le compte rendu d’un essai randomisé est CONSORT, dont la version 2025 comporte une liste de contrôle de 30 items et un diagramme de flux documentant l’inclusion, l’allocation, le suivi et l’analyse des participants [4][5]. Une infographie conforme s’aligne sur cet esprit : elle reprend la donnée exacte (population, effectif, critère de jugement principal, intervalles de confiance) et cite l’étude, sans sélection partiale des résultats.

Concrètement, une infographie fidèle :

  • reproduit les chiffres publiés sans arrondi trompeur ni recadrage favorable ;
  • indique la population étudiée et le critère de jugement principal ;
  • distingue clairement le résultat principal des résultats secondaires ou exploratoires ;
  • ne transforme pas une association observée en relation de cause à effet.

Quelles données d’un essai clinique faut-il faire figurer ?

Un visuel est vérifiable lorsqu’un lecteur peut remonter à la source et retrouver le chiffre affiché. Cela suppose un socle de mentions minimales.

  • La référence complète de l’étude : auteurs, revue, année et identifiant d’essai. Sans elle, l’infographie n’est pas traçable.
  • L’effectif (n) et la population : un pourcentage n’a pas le même poids selon qu’il porte sur 40 ou sur 4 000 participants.
  • Le critère de jugement principal : c’est lui qui fait foi, pas un critère secondaire choisi pour son effet visuel.
  • Les intervalles de confiance : ils traduisent l’incertitude autour de l’estimation et évitent de présenter un chiffre comme une certitude.
  • La nature du comparateur : placebo, traitement de référence ou absence de traitement.

Ces éléments correspondent à la logique de reporting portée par CONSORT [4]. Une infographie qui affiche un résultat sans effectif, sans population ni intervalle de confiance donne une fausse impression de précision.

Risque relatif ou risque absolu : que montrer dans le visuel ?

C’est le point le plus sensible d’une infographie médicale. Le risque relatif (réduction relative du risque, RRR) exagère la perception de l’effet, surtout lorsque le risque de base est faible. Un exemple documenté de dépistage l’illustre : une réduction absolue de 0,33 % (1,66 % contre 1,33 %) correspond à une réduction relative de 20 % [10]. Le même résultat paraît spectaculaire ou modeste selon la mesure choisie.

Les travaux sur la communication du risque montrent que les fréquences naturelles (« 13 sur 1 000 contre 16 sur 1 000 ») sont mieux comprises que les pourcentages ou que le format « 1 sur x », et que le nombre de sujets à traiter (NNT) est moins bien compris [10]. Une revue systématique conclut que les formats en risque absolu maximisent l’exactitude d’interprétation, et que représenter à la fois la population « atteinte » et « non atteinte » réduit les biais [9].

Critère Risque relatif (RRR) Risque absolu (ARR)
Compréhension par le lecteur L’effet paraît souvent plus grand qu’il ne l’est Meilleure exactitude d’interprétation
Risque de surestimer l’effet Élevé, surtout si le risque de base est faible (ex. 0,33 % absolu = 20 % relatif) Faible : l’ampleur réelle de l’effet reste visible
Conformité (objectivité, non-trompeur) À proscrire isolément : peut être jugé trompeur Recommandé, à accompagner du risque de base et de l’intervalle de confiance
Format d’affichage conseillé Ne jamais présenter le RRR seul, ni en « 1 sur x » Fréquences naturelles (« x sur 1 000 ») + tableau d’icônes

La règle opérationnelle : ne jamais afficher un risque relatif isolé. S’il est présenté, il doit être accompagné du risque de base, des valeurs absolues correspondantes et de l’intervalle de confiance.

Quels formats visuels sont validés pour la compréhension ?

Tous les graphiques ne se valent pas. Certains formats ont été évalués pour leur capacité à améliorer la compréhension et la satisfaction des patients.

  • Les tableaux d’icônes (icon arrays) : une grille de 100 ou 1 000 figurines où l’on colore la part concernée. Ils rendent visibles à la fois la population touchée et la population non touchée, ce qui limite la surestimation [9].
  • Les graphiques en barres, à condition que l’axe parte de zéro et que les échelles soient homogènes [9][11].
  • L’expression en fréquences naturelles sur une base fixe (« sur 1 000 personnes »), plus lisible que les formats « 1 sur x » [10].

La revue de Zipkin et collègues (Annals of Internal Medicine, 2014) conclut que les tableaux d’icônes et les graphiques en barres améliorent la compréhension, et que les formats en risque absolu maximisent l’exactitude [9]. Le choix du format n’est donc pas qu’une question esthétique : il conditionne l’exactitude de la lecture.

Quelles erreurs visuelles rendent un graphique trompeur ?

Une infographie peut afficher des chiffres exacts et rester trompeuse par sa construction. Les erreurs les plus fréquentes sont bien identifiées.

  • Tronquer l’axe des ordonnées d’un graphique en barres. Des travaux expérimentaux montrent qu’un axe tronqué fait paraître les écarts entre barres plus importants qu’ils ne le sont, et que ce biais persiste même lorsque les lecteurs sont explicitement avertis de la technique [11]. Pour un graphique en barres, l’axe doit partir de zéro.
  • Utiliser des échelles non homogènes ou changeantes d’un graphique à l’autre, ce qui rend les comparaisons faussées.
  • Omettre les intervalles de confiance et l’effectif, ce qui masque l’incertitude.
  • Sélectionner uniquement les résultats favorables (cherry-picking).
  • Confondre association et causalité.
  • Extrapoler au-delà de l’AMM ou généraliser une décision de prise en charge à partir d’un seul essai.

Ces pratiques peuvent rendre un visuel trompeur au sens réglementaire, même lorsque les chiffres sont exacts. La conformité ne se joue pas seulement sur l’exactitude des données, mais sur l’honnêteté de leur représentation.

Une infographie d’essai peut-elle être diffusée au grand public ?

Le résumé de résultats destiné aux non-spécialistes est encadré. Le règlement (UE) 536/2014, à son article 37 et son annexe V, impose un résumé des résultats compréhensible par les non-spécialistes [1]. Le référentiel européen Good Lay Summary Practice précise les attendus : présentation objective, non sélective et non promotionnelle, préférence pour la dénomination commune internationale (DCI) plutôt que le nom commercial, et rappel qu’un seul essai ne justifie pas de modifier une prise en charge [2][3].

Une infographie destinée au grand public hérite de ces exigences :

  • un ton factuel et équilibré, sans formulation promotionnelle ;
  • la mention que le résultat provient d’un essai unique et ne constitue pas une recommandation ;
  • l’usage de la DCI plutôt que d’un nom de marque ;
  • l’absence de mise en avant sélective des seuls bénéfices.

Par ailleurs, la publicité grand public des médicaments est en France très restreinte et contrôlée. Ces cadres ne sont pas exclusifs : un même visuel peut relever à la fois du résumé de résultats et de la réglementation publicitaire selon son usage.

Quel contrôle réglementaire en France (ANSM, Code de la santé publique) ?

Dès lors qu’une infographie a un caractère promotionnel pour un médicament, elle entre dans le champ de la publicité réglementée.

L’article L.5122-2 du Code de la santé publique exige que la publicité d’un médicament ne soit ni trompeuse ni préjudiciable à la santé publique, qu’elle présente le produit de façon objective, favorise son bon usage et respecte l’AMM ainsi que les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) [8].

Les documents promotionnels de médicaments sont soumis au contrôle de l’ANSM : contrôle a priori pour la publicité auprès du grand public, dépôt pour la publicité auprès des professionnels de santé. La documentation doit permettre au professionnel de se forger une opinion sur la valeur thérapeutique du produit, et être exacte, à jour, vérifiable et sourcée [6]. La Charte 2024 encadre spécifiquement la communication et la promotion des produits de santé sur Internet et l’e-media [7].

En pratique, avant diffusion d’une infographie promotionnelle de médicament, il convient de vérifier :

  • le statut du visuel (promotionnel ou strictement scientifique) ;
  • le circuit ANSM applicable (contrôle a priori ou dépôt) ;
  • la cohérence avec l’AMM et les recommandations HAS en vigueur ;
  • la traçabilité et l’exactitude de chaque donnée affichée.

Un contenu strictement scientifique et non promotionnel relève d’autres cadres, mais reste soumis à l’exigence d’exactitude.

Méthode : de la publication à l’infographie conforme

Une chaîne de production maîtrisée limite les risques. Étape par étape :

  1. Partir de la publication de référence, pas d’un communiqué ou d’un résumé secondaire.
  2. Extraire les données clés : population, effectif n, critère principal, valeurs absolues, intervalles de confiance, comparateur.
  3. Convertir en risque absolu et fréquences naturelles, en conservant le risque de base.
  4. Choisir un format validé : tableau d’icônes ou graphique en barres à axe non tronqué.
  5. Vérifier l’équilibre : présenter bénéfices et incertitudes, pas seulement les résultats favorables.
  6. Ajouter les mentions de traçabilité : référence complète de l’étude et rappel qu’un seul essai ne modifie pas une prise en charge.
  7. Contrôler le statut réglementaire et le circuit ANSM avant toute diffusion.

Cette méthode ne garantit pas un résultat visuel spectaculaire : elle garantit un visuel honnête. Dans un contexte YMYL (Your Money or Your Life), la fidélité, l’équilibre et la traçabilité des données priment sur l’impact esthétique.

Article éducatif. Ce contenu est destiné à l’information sur la communication des données de santé. Il ne remplace pas un avis médical, réglementaire ou juridique individualisé. Un résultat issu d’un seul essai clinique ne doit pas motiver une décision thérapeutique. Aucun résultat n’est garanti : l’exactitude et l’équilibre des données affichées relèvent d’une évaluation au cas par cas.

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Equipe editoriale KARMA Sante — 2026

FAQ — Infographie médicale et essai clinique

Faut-il présenter le risque relatif ou le risque absolu dans une infographie ?

Idéalement les deux, mais jamais le risque relatif seul : il exagère la perception de l’effet, surtout quand le risque de base est faible. Exprimez l’effet en valeurs absolues et en fréquences naturelles (« x sur 1 000 »), en indiquant le risque de base et l’intervalle de confiance. Le format « 1 sur 5 » et le NNT sont moins bien compris.

Quelles mentions rendent une infographie fiable et vérifiable côté données ?

La référence complète de l’étude (auteurs, revue, année, identifiant d’essai), la taille d’échantillon (n), la population, le critère de jugement principal et les intervalles de confiance. La donnée affichée doit être fidèle à la publication et non sélective, dans l’esprit du standard CONSORT pour le reporting des essais randomisés.

Une infographie d’essai peut-elle être diffusée au grand public ?

Le résumé de résultats destiné aux non-spécialistes est encadré par le règlement (UE) 536/2014 (annexe V) et le référentiel Good Lay Summary Practice : factuel, équilibré, non promotionnel, DCI plutôt que nom commercial, avec rappel qu’un seul essai ne modifie pas une prise en charge. La publicité grand public des médicaments est par ailleurs très restreinte et contrôlée par l’ANSM.

Une infographie médicale doit-elle passer un contrôle réglementaire en France ?

Tout document promotionnel de médicament est soumis au contrôle de l’ANSM (a priori pour le grand public, dépôt pour les professionnels de santé) et doit respecter l’AMM, les recommandations HAS et l’article L.5122-2 du Code de la santé publique (objectif, non trompeur, bon usage). Un contenu strictement scientifique et non promotionnel relève d’autres cadres mais reste soumis à l’exactitude.

Quelles erreurs visuelles compromettent la conformité d’un graphique ?

Un axe des ordonnées tronqué, des échelles trompeuses, la sélection des seuls résultats favorables, l’absence d’intervalles de confiance ou de n, la confusion entre association et causalité, et l’extrapolation au-delà de l’AMM. Ces pratiques peuvent rendre le visuel trompeur au sens réglementaire, même si les chiffres sont exacts.

Sources

  1. Regulation (EU) No 536/2014 on clinical trials — EUR-Lex
  2. Good Lay Summary Practice — EudraLex Volume 10 — Commission européenne
  3. Summaries of Clinical Trial Results for Laypersons — Commission européenne
  4. CONSORT 2025 Statement — consort-spirit.org
  5. CONSORT 2025 statement: updated guideline for reporting randomised trials — The Lancet
  6. Recommandations pour la publicité des médicaments auprès des professionnels de santé — ANSM
  7. Charte pour la communication et la promotion des produits de santé sur Internet (2024) — ANSM
  8. Code de la santé publique, article L.5122-2 — Légifrance
  9. Zipkin et al., Evidence-Based Risk Communication: A Systematic Review, Ann Intern Med 2014 — ACP Journals
  10. Understanding and communicating risk: measures of outcome — PMC / NCBI
  11. Truncating Bar Graphs Persistently Misleads Viewers — J. Applied Research in Memory and Cognition

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