Prise en charge PECAN d'un dispositif médical numérique à base d'IA évalué par la HAS
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PECAN et évaluation HAS : comment obtenir la prise en charge d’un dispositif médical numérique à base d’IA en 2026 ?

La PECAN (décret n° 2023-232, article L.162-1-23 du code de la sécurité sociale) ouvre un remboursement dérogatoire d’un an, non renouvelable, pour un dispositif médical numérique présumé innovant, le temps de constituer le dossier de droit commun. Conditions clés : marquage CE valide dans l’indication, présomption d’innovation, conformité au référentiel d’interopérabilité et de sécurité de l’ANS et plan de preuves. L’avis de la CNEDiMTS intervient sous 60 jours.

Pour un éditeur de logiciel médical, franchir la barrière du remboursement reste l’étape la plus décisive — et la plus mal comprise. Depuis 2023, la prise en charge anticipée numérique (PECAN) offre une voie accélérée vers l’Assurance maladie pour les dispositifs médicaux numériques (DMN) présumés innovants, y compris ceux qui intègrent de l’intelligence artificielle. Ce guide détaille les conditions d’éligibilité, le rôle de la Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (CNEDiMTS), les délais d’instruction, la compensation financière et les obligations propres à l’IA, en s’appuyant exclusivement sur les textes en vigueur.

Qu’est-ce que la PECAN et quels dispositifs sont concernés ?

La prise en charge anticipée numérique est un dispositif de remboursement dérogatoire instauré par la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2022, puis précisé par le décret n° 2023-232 du 30 mars 2023 et codifié à l’article L.162-1-23 du code de la sécurité sociale. Son principe : permettre à un DMN présumé innovant d’être pris en charge par l’Assurance maladie pour une durée maximale d’un an, non renouvelable, le temps que l’éditeur constitue son dossier de prise en charge de droit commun.

La PECAN couvre deux catégories de dispositifs médicaux numériques :

  • Les DMN à visée thérapeutique, destinés à intégrer à terme la liste des produits et prestations remboursables (LPPR) ;
  • Les DMN de télésurveillance médicale, destinés à la liste des activités de télésurveillance médicale (LATM).

Le remboursement est donc pensé comme un pont : il accélère l’accès des patients à la solution tout en laissant à l’opérateur le temps de produire les preuves attendues pour une inscription pérenne.

Quelles sont les conditions d’éligibilité à la prise en charge anticipée ?

Selon la Haute Autorité de santé (HAS), un DMN doit réunir plusieurs conditions cumulatives pour prétendre à la PECAN :

  1. Marquage CE valide dans l’indication revendiquée — le dispositif doit bénéficier du marquage CE médical en cours de validité pour l’usage exact visé par la demande.
  2. Caractère présumé innovant — le dispositif doit laisser attendre un bénéfice clinique ou un progrès dans l’organisation des soins.
  3. Capacité à apporter les preuves de son bénéfice dans les délais impartis (le fameux « plan de preuves »).
  4. Conformité au référentiel d’interopérabilité et de sécurité établi par l’Agence du numérique en santé (ANS).

Ces conditions sont codifiées aux articles R.162-112 à R.162-121 du code de la sécurité sociale, socle réglementaire de référence à citer dans la documentation interne d’un éditeur. Le respect du référentiel de l’ANS englobe l’hébergement des données de santé (HDS) et la conformité au RGPD, deux prérequis dont l’absence bloque l’instruction.

PECAN ou droit commun : quelle voie choisir ?

La PECAN n’est pas une fin en soi : c’est une phase transitoire. Le tableau ci-dessous compare l’accès anticipé et la prise en charge de droit commun (LPPR ou télésurveillance).

Critère PECAN (accès anticipé) Droit commun (LPPR / LATM)
Objectif Accès dérogatoire rapide pour un DMN présumé innovant, le temps de consolider les preuves Prise en charge pérenne après évaluation complète du service rendu
Durée 1 an, non renouvelable Inscription pérenne (renouvelable selon les règles de la liste)
Niveau de preuve exigé Présomption d’innovation + plan de preuves à produire pendant l’année Démonstration aboutie du bénéfice clinique et/ou organisationnel
Rémunération (DMN thérapeutique) Forfait fixé par arrêté (435 € puis 38,3 €/mois, plafond 780 €/an/patient) Tarif négocié / fixé lors de l’inscription sur la liste
Instruction Avis CNEDiMTS sous 60 jours + volet ANS (interopérabilité/sécurité) Évaluation CNEDiMTS approfondie + négociation tarifaire (CEPS)

En pratique, la stratégie de preuve du droit commun doit être conçue dès l’entrée en PECAN, puisque l’accès anticipé est limité dans le temps.

Comment se déroule l’instruction et quels sont les délais clés ?

L’instruction mobilise deux acteurs en parallèle : la CNEDiMTS, commission spécialisée de la HAS, sur le volet médico-technique, et l’ANS sur l’interopérabilité et la sécurité. Les grandes étapes :

  • Dépôt du dossier via les plateformes dédiées : Sésame (HAS/CNEDiMTS, volet médico-technique) et Convergence (ANS, interopérabilité et sécurité).
  • Avis de la CNEDiMTS sur le caractère innovant, rendu sous 60 jours à réception du dossier complet.
  • Décision d’accès anticipé, prise pour une indication donnée par arrêté conjoint des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale, après cet avis.
  • Dépôt de la demande de droit commun : une fois la PECAN accordée, l’opérateur dispose de 6 mois pour un DMN thérapeutique (vers la LPPR) ou de 9 mois pour la télésurveillance (vers la LATM) pour déposer son dossier pérenne.

Ces échéances imposent d’anticiper : le protocole d’étude et la collecte de données doivent être opérationnels dès le premier jour de prise en charge.

Comment le dispositif est-il rémunéré pendant la PECAN ?

Pour un DMN à visée thérapeutique, l’arrêté du 22 avril 2024 fixe une compensation financière forfaitaire, prévue au II de l’article R.162-117 du code de la sécurité sociale :

  • 435 € TTC pour les 3 premiers mois de prise en charge (forfait initial facturé une fois) ;
  • puis 38,3 € TTC par mois à partir du 4e mois ;
  • dans la limite de 780 € TTC par an et par patient.

Ces montants sont fixés par voie réglementaire et susceptibles d’évoluer : il est impératif de vérifier la version du texte en vigueur avant tout chiffrage ou engagement. Aucune de ces valeurs ne constitue une garantie de recette ni un tarif de droit commun, qui sera, lui, déterminé ultérieurement lors de l’inscription sur la liste.

Quelles obligations spécifiques pour un dispositif à base d’IA ?

Un DMN, y compris à base d’IA, est d’abord un dispositif médical à part entière : un logiciel à finalité médicale doit être qualifié comme tel et marqué CE au titre du règlement (UE) 2017/745 (MDR) avant toute demande de prise en charge. Le niveau de preuve clinique attendu par la CNEDiMTS s’ajoute aux exigences du marquage CE, il ne s’y substitue pas.

À cela s’ajoute le règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), entré en vigueur le 1er août 2024 et d’application progressive. Les systèmes d’IA qui sont des dispositifs médicaux soumis à évaluation par organisme notifié sont classés à haut risque et cumulent alors les obligations du MDR et de l’AI Act :

  • gestion des risques ;
  • gouvernance des données d’entraînement ;
  • documentation technique ;
  • transparence ;
  • supervision humaine ;
  • robustesse.

L’application aux systèmes à haut risque intégrés à des produits déjà réglementés est différée au 2 août 2027, ce qui laisse une fenêtre pour organiser la mise en conformité en parallèle du marquage CE. Enfin, le référentiel HAS d’évaluation des applications et solutions numériques en santé, actualisé fin 2024, ne comporte pas encore de critères spécifiques à l’IA : à ce stade, l’IA est encadrée par le cadre réglementaire européen plutôt que par des critères de référencement dédiés. La HAS indique que des travaux méthodologiques liés au règlement européen devront être menés.

Quels écueils évitent un refus ou un retard ?

Plusieurs situations rendent un dossier irrecevable ou compromettent son instruction :

  • Absence de marquage CE valide dans l’indication revendiquée : le dossier PECAN n’est pas recevable tant que le statut de dispositif médical n’est pas établi.
  • Solution sans finalité médicale (bien-être, hygiène de vie) : hors périmètre PECAN ; elle relève éventuellement d’autres voies, comme le référencement dans Mon espace santé.
  • Non-conformité au référentiel d’interopérabilité et de sécurité de l’ANS, à l’hébergement HDS ou au RGPD : blocage de l’instruction.
  • Plan de preuves insuffisant : l’accès étant limité à un an, un protocole d’étude et de collecte de données doit être prêt dès le dépôt.
  • Sous-estimation des obligations cumulées MDR + AI Act pour un DMN à base d’IA (gestion des risques, données d’entraînement, transparence, supervision humaine) : risque de refus ou de retard.

Article éducatif et informatif. Ce guide réglementaire à visée B2B ne constitue ni un avis juridique, ni un conseil réglementaire personnalisé, ni une garantie d’obtention de la prise en charge. L’éligibilité et l’accès à la PECAN dépendent de l’évaluation de la CNEDiMTS et de l’instruction de l’ANS au cas par cas. Le cadre est évolutif : vérifiez systématiquement les textes en vigueur sur Légifrance, la HAS et EUR-Lex avant toute décision. Aucun résultat n’est garanti.

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FAQ — PECAN et dispositifs médicaux numériques à base d’IA

Qu’est-ce que la PECAN et à qui s’adresse-t-elle ?

La prise en charge anticipée numérique (PECAN) est un remboursement dérogatoire d’un an, non renouvelable, par l’Assurance maladie, destiné aux éditeurs de dispositifs médicaux numériques présumés innovants (à visée thérapeutique ou de télésurveillance). Elle vise à accélérer l’accès patient pendant la constitution du dossier de droit commun (LPPR ou LATM). Base : décret n° 2023-232, article L.162-1-23 du code de la sécurité sociale.

Quelles preuves faut-il apporter pour un dispositif à base d’IA ?

Il faut d’abord le marquage CE au titre du règlement (UE) 2017/745, puis démontrer la présomption d’innovation (bénéfice clinique ou organisationnel) auprès de la CNEDiMTS, et prévoir un plan de collecte de données ou d’étude clinique pendant l’année de PECAN. Pour l’IA s’ajoutent les exigences de l’AI Act (UE 2024/1689) : gouvernance des données, transparence, supervision humaine, robustesse. Le niveau de preuve est à calibrer avec la HAS.

Combien de temps dure la procédure et quels sont les délais clés ?

L’avis de la CNEDiMTS sur le caractère innovant est rendu sous 60 jours à dossier complet. Après la décision d’accès anticipé, l’opérateur dispose de 6 mois (DMN thérapeutique, vers la LPPR) ou de 9 mois (télésurveillance, vers la LATM) pour déposer sa demande de droit commun. La PECAN elle-même dure au maximum un an, non renouvelable.

Comment le dispositif est-il rémunéré pendant la PECAN ?

Pour un DMN à visée thérapeutique, l’arrêté du 22 avril 2024 fixe une compensation forfaitaire : 435 € TTC pour les 3 premiers mois, puis 38,3 € TTC par mois à partir du 4e, dans la limite de 780 € TTC par an et par patient. Ces montants relevant d’un texte réglementaire, il convient de vérifier la version en vigueur avant tout chiffrage.

Le règlement européen sur l’IA (AI Act) s’applique-t-il déjà aux DMN ?

Le règlement (UE) 2024/1689 est entré en vigueur le 1er août 2024 avec une application progressive. Les systèmes d’IA qui sont des dispositifs médicaux soumis à évaluation par organisme notifié sont classés à haut risque ; le régime applicable à ces systèmes intégrés à des produits réglementés est différé au 2 août 2027. Il faut donc anticiper la mise en conformité en parallèle du marquage CE MDR.

Sources

  1. Légifrance — Décret n° 2023-232 du 30 mars 2023 (PECAN) : Légifrance
  2. Légifrance — Articles R.162-112 à R.162-121 du code de la sécurité sociale (PECAN) : Légifrance
  3. Légifrance — Arrêté du 22 avril 2024 (compensation financière PECAN) : Légifrance
  4. HAS — Dispositifs médicaux numériques : la prise en charge anticipée : HAS
  5. HAS — Guide de dépôt de dossier PECAN : HAS
  6. HAS — Référentiel d’évaluation des applications et solutions numériques en santé (actualisation 2024) : HAS
  7. HAS — Numérique et intelligence artificielle à la HAS : HAS
  8. G_NIUS (Agence du numérique en santé) — Prise en charge anticipée numérique (PECAN) : G_NIUS
  9. Agence du numérique en santé — Lancement de la PECAN : Agence du numérique en santé
  10. EUR-Lex — Règlement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux (MDR) : EUR-Lex
  11. EUR-Lex — Règlement (UE) 2024/1689 établissant des règles sur l’intelligence artificielle (AI Act) : EUR-Lex

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